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Retombées des essais nucléaires français
01 11 2002 - 19:30


Roger Blot - Membre de l'Association des vétérans des essais nucléaires









John Doom, Association Mururoa e Tatou

Yves Cochet, député écologiste

Il y a 50 ans aujourd'hui, la première bombe H explosait dans les îles Marchal, en pleine guerre froide. Depuis lors, les essais nucléaires ne sont pas sans risques. C'est ainsi qu'en France, les 210 essais nucléaires, dont 45 atmosphériques, ont fait des victimes depuis 1960.

70.000 personnes auraient été exposées. Mais ni leur nombre exact, ni les conséquences sur leur santé, ne sont connues officiellement.

C'est en découvrant récemment dans le journal que des vétérans des essais nucléaires se regroupaient pour se faire entendre que Roger Blot a soudain compris ce qui lui était arrivé il y a 40 ans. Ce 13 février 1960, il est à Régan, en plein Sahara algérien en tant qu'appelé du contingent.

Roger Blot, Membre de l'Association des vétérans des essais nucléaires

    On nous a dit de nous asseoir le dos tourné au champ de tir et de nous mettre les bras sur les yeux et ne plus regarder. Et au signal, ils nous ont fait détourner pour voir ce superbe champignon.

Ces gerboises bleues, 40 fois la puissance d'Hiroshima, premier essai nucléaire français. Roger est à 10km du point zéro. Très vite il est expédié dans le cratère pour y faire des prélèvements. Avec pour seule protection une combinaison en lin, des lunettes, et plus tard une douche pour se décontaminer.

Quand cinq ans plus tard son fils naît avec six doigts de pied, il ne fait pas le rapprochement. Ni quand son coude se fige à l'occasion d'une fracture, calcification trop rapide, les médecins ne comprennent pas.

Dans son dossier militaire qu'il vient d'obtenir, rien à signaler. L'essai nucléaire n'est même pas mentionné, secret défense.

Après l'Algérie, c'est au tour de la Polynésie, des dizaines de milliers de personnes vont être exposées surtout par les essais atmosphériques jusqu'en 86, sans plus de précaution, ni de suivi médical. Depuis cancers et malformations étranges se multiplient. Les Polynésiens s'interrogent.

John Doom, Association Mururoa e Tatou

    On ne leur a rien dit. Aujourd'hui que les essais sont terminés, on les a laissés tomber. Et ils ne sont pas soignés comme ils devraient l'être. Et ils ne savent pas ce qu'il leur arrive.

Pour comprendre, deux associations de vétérans ont vu le jour, récemment en France et à Tahiti. Elles réclament à l'état un suivi médical et une loi qui reconnaisse le lien entre les effets nucléaires et certaines maladies. D'autres pays l'ont fait.

    Les Américains ont reconnu le problème de santé. Les Anglais, en Australie, en Nouvelle Zélande.

Les Verts ont déposé une proposition de loi, mais sans espoir qu'elle soit examinée par le parlement français.

Yves Cochet, député écologiste

    Tous les partis, sauf les Verts, sont favorables de près ou de loin au nucléaire. Et donc il y a une sorte de silence sur, on pourrait appeler cela des bavures, mais ce ne sont pas des bavures, ce sont des risques qui ont été encourus par les populations. Et donc on ne veut pas reconnaître que le nucléaire, c'est dangereux.

Pour la France, civils ou militaires, le nucléaire, c'est l'indépendance, d'où ce refus de reconnaître l'évidence. Pourtant, d'autres l'ont fait sans remettre en cause leur statut de puissance nucléaire.




Corinne Portier



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